Icy Icy Boss - Admin

Nombre de messages: 1149 Age: 38 Localisation: Neuchâtel Date d'inscription: 23/01/2007
 | Sujet: Grizzly Lun 12 Fév 2007 - 19:34 | |
| J’ouvre simplement ce topic pour signaler que le grizzly a lui aussi, comme l’ours polaire, perdu une bonne partie de son territoire à mesure de l’avancée de l’Homme. Présent par le passé sur tout le territoire nord-américain, il a été petit à petit repoussé dans le nord-ouest du continent. Cependant, le grizzly est dans une meilleure posture que l’ours blanc, car même s’il a le statut d’espèce protégée aux USA, il n’est pas pour autant en voie d’extinction. |
|
Icy Icy Boss - Admin

Nombre de messages: 1149 Age: 38 Localisation: Neuchâtel Date d'inscription: 23/01/2007
 | Sujet: Re: Grizzly Sam 17 Oct 2009 - 16:46 | |
| Article paru ce jour dans Le Temps. | Citation: | Sur la terre sauvage des ours
L’Etat américain de «La Dernière Frontière» compte quelque 40 000 grizzlis et plus de 50 000 ours noirs. On peut en voir beaucoup et de très près si l’on choisit le bon endroit. Récit d’une expérience humaine inoubliable
Quelle impression cela fait-il de se retrouver face à un grizzly? Ce scénario, on se l’était pourtant passé mentalement en boucle. On croyait même s’être assuré avec de nombreuses lectures sur les ours, être au clair avec les précautions nécessaires en cas de rencontre. C’était compter sans, bien sûr, la réalité et les tripes… Car des brown bears (ours bruns ou grizzlis) et des black bears (ours noirs), nous en aurons vus tous les jours de notre séjour d’une semaine en Alaska, dans une cabane perdue au milieu de leur territoire.
Au «Pays du soleil
de minuit» Nous avions commencé par réserver une des 200 cabins mises à disposition dans cet Etat par le Service des forêts du Département américain de l’agriculture (de 30 à 50 francs la nuit). Celle que nous avons retenue est située dans l’extrême sud-est du «Pays du soleil de minuit», tout en bas de la pointe sud de l’Inside Passage, portail géologique et labyrinthique du Last Frontier State. Cap sur le sud de la capitale, Juneau, à deux heures d’avion plus une bonne heure de bateau depuis Seattle, à 50 kilomètres de la frontière canadienne. Bienvenue à Anan Bay Cabin dans la Tongass National Forest, région connue pour posséder l’une des plus fortes concentrations d’ours noirs et de grizzlis du sud-est de l’Alaska. Il y a même un sentier de 2 kilomètres qui mène à un petit observatoire réputé pour offrir une vue imprenable sur ces mammifères venant pêcher en juillet et en août, lorsque le cours de l’Anan Creek pullule de saumons remontant le courant pour frayer. De ce spectacle d’une nature de forêts et d’eaux courant à l’infini, on retiendra aussi les nombreux aigles, des pygargues à tête blanche, et tant d’autres oiseaux, ainsi que les otaries. Le décor est époustouflant, fait de labyrinthes de détroits, d’immenses bras d’océans, de larges canaux d’eau et de baies, d’îles, de presqu’îles, de petites montagnes tapissées de forêts de pins, de lacs aussi, de montagnes d’altitude plus au loin. Partout, des rochers. Paysages de terre et d’océan extraordinaires. Notre cabane en bois est postée dans une demi-clairière, en bordure d’eau et de forêt humide avec ses arbres aux branches de lichens ballants. Il y a un conteneur anti-ours à l’extérieur pour stocker nos victuailles et poubelles. Les toilettes sont à 20 mètres. Et déjà, un silence panoramique.
Un animal majestueux
et fascinant Chaque jour, nous monterons vers l’Anan Wildlife Observatory. Une demi-heure de marche, chacun d’entre nous muni d’un spray au poivre spécifique contre les ours (vivement recommandé et à 98% efficace, selon des études, ouf). De juillet à août, vu le nombre d’ours attirés par les saumons, l’observatoire est encadré par deux rangers. Selon eux, 80 black bears et 40 grizzly bears ont été recensés dans le secteur. Un ranger: «Vous êtes sur le territoire des ours: oui, il y a des risques.» Il y a donc des précautions à prendre et des bons comportements à observer (lire l’encadré ci-contre). Et heureusement, les statistiques sont un peu là aussi pour nous rassurer. Un seul mort en cinquante ans ici, mais plusieurs incidents. Pour tout l’Alaska, en 85 ans, il n’y a eu que 16 morts liés à des attaques d’ours. Sur la plateforme de l’observatoire, la scène est extraordinaire: entre 10 et 15 ours au bord de la rivière, à 10 mètres ou plus en contrebas. Certains ramènent un saumon fraîchement pêché entre leurs crocs et remontent de la rivière, frôlant l’observatoire. Majestueux et fascinant. L’observatoire dispose d’une petite cahute protégée à la hauteur de la rivière: les ours sont à moins de 5 mètres, voire à moins de 2 mètres, sur des rochers ou dans l’eau. Les carcasses de saumons dégagent leur odeur. Tout autour, la forêt humide est dense. Beaucoup de fougères et d’immenses plantes vertes. On ne se lasse pas de contempler les ours qui pêchent, les saumons qui sautillent et les aigles atterrir et décoller magistralement.
Grosses frayeurs Des ours, on en verra aussi autour de la cabane – nous contournant presque timidement s’agissant des black bears – et sur le sentier, dans la forêt. Soudain, un ours noir surpris dans des feuillus, après un virage. Il sursaute. Nous encore plus. Il reste planté à 2 mètres. C’est nous qui hésitons à passer. On tape des mains, on lui parle, on lui laisse de l’espace. Petite boule à l’estomac. Il ne bouge pas. On fait très attention. On arrive à passer. Très grosse frayeur un autre jour. Nous arrivons vers l’observatoire, il reste 100 m à parcourir. Une ranger nous fait des signes. Elle gesticule. Nous comprenons qu’il y a un ours tout près, mais nous ne voyons rien. Elle nous fait signe de reculer. Pas facile, nous sommes sur le sentier en bois, bloqués en plein dans la zone de passage des ours, entre la forêt et la rivière. Nous sortons nos sprays. Et soudain, on l’aperçoit. Colossal et impérieux. Un grizzly bear! A 30-40 m. Il emprunte le sentier en bois et… descend dans notre direction. Boule dans l’estomac. Les jambes flageolent. Il nous a vus. Difficile de mettre des mots sur l’échange de regard avec un grizzly. Le cœur bat fort. Les jambes voudraient partir en courant. La tête dit non, surtout pas se muter en proie fuyante. L’ours court facilement à plus de 60 km/h… Rester sur place donc. Nous nous mettons côte à côte pour prendre plus d’envergure, nous faisons des gestes amples avec les bras. Le grizzly continue d’avancer. A peine 20 m. Panique intérieure. Il avance encore, nous regarde et, soulagement, quitte le sentier et descend le talus de feuillus pour aller rejoindre la rivière. Pffff. Montée d’adrénaline, profil bas.
Un monde fort
mais tranquille Plus reposants, les fins d’après-midi à la cabane et le coucher de soleil sont sensationnels. Là un frémissement de feuille, là un craquement de bois, là-bas la respiration d’une otarie, là-haut le cri d’un oiseau ou encore le battement d’aile et de vent d’un bald eagle. C’est un monde serein. Fort mais tranquille. Le silence finit par s’agripper aux couleurs orangées puis violacées de l’horizon. Place ensuite à une scintillante voûte céleste, parfaitement étoilée. Milliards de brillances. Alors, cette incursion chez les ours solitaires ressemble à un bout d’existence extra-humaine.
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7d68b004-ba93-11de-861c-d14e3809d202/
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7e9ef280-ba93-11de-861c-d14e3809d202/Carnet_pratique
Copyright Le Temps - 17.10.2009 - Jean-François Schwab, Seattle
|
_________________ Antony n'est pas corpulent, il est moelleux.
|
|